L'écriture chinoise · mis à jour le
Caractères chinois traditionnels ou simplifiés : quelle différence ?
Le même mot chinois peut s’écrire de deux façons : 愛 ou 爱 pour l’amour, 龍 ou 龙 pour le dragon. Ce n’est pas une affaire de langue, mais d’écriture. Voici d’où viennent les caractères simplifiés, où l’on emploie chaque forme, comment elles se correspondent, et pourquoi nos œuvres sont écrites en caractères traditionnels.
En bref
- Les caractères simplifiés sont issus d’une réforme lancée en Chine continentale en 1956 et complétée en 1964.
- On écrit en simplifié en Chine continentale et à Singapour, en traditionnel à Taïwan, à Hong Kong et à Macao.
- Le sens et la prononciation ne changent pas : 夢 et 梦 se lisent tous deux mèng et veulent dire « rêve ».
- Nos œuvres suivent la graphie traditionnelle, celle de la calligraphie classique ; la forme simplifiée est donnée sur chaque page quand elle diffère.
Deux façons d’écrire les mêmes mots
Prenez le mot « amour ». À Taipei ou à Hong Kong, on l’écrit 愛 ; à Pékin ou à Shanghai, 爱. Les deux se prononcent ài, au quatrième ton, et veulent dire exactement la même chose. La différence n’est pas dans la langue, mais dans le dessin du caractère : 愛 est la forme traditionnelle, 爱 la forme simplifiée.
Il ne faut donc pas parler de « chinois traditionnel » et de « chinois simplifié » comme de deux langues. La grammaire, le vocabulaire et la prononciation sont les mêmes. Un lecteur habitué à une forme déchiffre l’autre avec un peu d’entraînement, comme on lit une écriture manuscrite inhabituelle. La question des langues parlées, mandarin, cantonais et autres, est une tout autre affaire.
La réforme des années 1950
Un projet ancien
L’idée de simplifier l’écriture n’est pas née d’un coup. Depuis des siècles, les copistes et les marchands employaient des formes abrégées, souvent tirées de l’écriture cursive, pour aller plus vite. Au début du XXe siècle, des intellectuels chinois plaident pour une écriture plus facile à apprendre, afin de lutter contre l’illettrisme.
1956 et 1964
C’est en Chine continentale que la réforme est menée. Un premier plan de simplification est publié en 1956, puis une liste générale des caractères simplifiés en 1964. Un second plan, présenté en 1977, est abandonné quelques années plus tard, et officiellement retiré en 1986 : il allait trop loin et n’a jamais été adopté par l’usage.
Les procédés
La réforme a combiné plusieurs méthodes.
- Simplifier une clé partout où elle apparaît. La clé de la soie, à gauche de nombreux caractères, est réduite à trois traits : 緣 devient 缘 (le lien du destin), 細 devient 细 (mince). La clé de la parole suit le même chemin : 計 devient 计 (le plan, le calcul).
- Ne garder qu’une partie du caractère. 雲, le nuage, perd la clé de la pluie qui le coiffait et devient 云, qui était d’ailleurs sa forme la plus ancienne. 開, ouvrir, perd sa porte et devient 开.
- Adopter une forme abrégée. 萬, dix mille, devient 万 ; 樂, la joie, devient 乐.
- Fusionner plusieurs caractères en un seul. C’est le procédé le plus délicat : 發, « émettre, prospérer », celui du vœu 恭喜發財, et le caractère des cheveux, qui se prononcent presque de la même façon, partagent désormais une seule forme simplifiée.
Beaucoup de caractères, enfin, n’ont pas été touchés, parce qu’ils étaient déjà simples ou qu’on n’a pas voulu les changer : 福, 心, 永, 山, 水, 月, 和, 道, 安 s’écrivent de la même façon partout.
Où l’on utilise quoi
- Caractères simplifiés : la Chine continentale, Singapour, qui les a adoptés à son tour, et l’enseignement du chinois en Malaisie. C’est aussi, en général, la forme enseignée dans les cours de chinois en France.
- Caractères traditionnels : Taïwan, Hong Kong et Macao, ainsi que de nombreuses communautés chinoises de l’étranger installées de longue date.
- Le Japon a mené sa propre réforme après la Seconde Guerre mondiale. Certains kanji y ont été simplifiés à la japonaise : leurs formes coïncident parfois avec le simplifié chinois, parfois avec le traditionnel, parfois avec ni l’un ni l’autre.
En Chine continentale même, la forme traditionnelle n’a pas disparu : on la voit sur des enseignes, dans les éditions de textes anciens, et surtout dans la calligraphie, où elle reste très pratiquée.
Quatre exemples
| Sens | Traditionnel | Traits | Simplifié | Traits |
|---|---|---|---|---|
| Amour | 愛 | 13 | 爱 | 10 |
| Dragon | 龍 | 16 | 龙 | 5 |
| Rêve | 夢 | 14 | 梦 | 11 |
| Vent | 風 | 9 | 风 | 4 |
愛, l’amour. On remarque souvent, avec un sourire, que la forme simplifiée a perdu le cœur 心 qui occupe le centre du caractère traditionnel. La remarque est juste quant au dessin ; elle ne dit rien du sens, qui reste le même. Voir notre page 愛.
龍, le dragon. C’est l’un des écarts les plus spectaculaires : seize traits d’un côté, cinq de l’autre. La forme traditionnelle, touffue, est l’une des plus appréciées des calligraphes. Voir notre page 龍.
夢, le rêve. Le bas du caractère, 夕, le soir, est conservé ; le haut est remplacé par un composant plus simple. Voir notre page 夢.
風, le vent. Le cadre extérieur demeure, l’intérieur est réduit à deux traits croisés : quatre traits au lieu de neuf.
Reconnaître l’une ou l’autre forme
Sans lire le chinois, quelques indices permettent de savoir, d’un coup d’œil, à quelle forme on a affaire.
- La densité. Un texte en traditionnel paraît plus serré, plus noir : beaucoup de ses caractères comptent davantage de traits. Comparez 學而不思, « apprendre sans réfléchir », et sa forme simplifiée 学而不思 : le premier caractère passe de 16 à 8 traits.
- Les clés réduites. Une clé de la soie en trois traits, une clé de la parole réduite à deux traits, une porte ramenée à un simple cadre, comme dans 阔, forme simplifiée de 闊, « vaste » : ce sont des signes certains du simplifié.
- Les caractères fréquents. Certains mots reviennent sans cesse et suffisent à trancher : 無 et 无 (« ne pas avoir »), 為 et 为 (« faire »), 來 et 来 (« venir »), 師 et 师 (« maître »). Le premier de chaque paire est traditionnel.
Le cas des citations anciennes est instructif. Dans la phrase de Lao-tseu 千里之行,始於足下, « un voyage de mille lieues commence sous le pied », le mot 於, « à, en », devient 于 en simplifié. Les deux caractères existaient dans la langue classique, avec des emplois voisins ; la réforme n’en a gardé qu’un. C’est un bon exemple des fusions qui rendent la conversion délicate.
Il faut enfin savoir qu’à l’intérieur même du traditionnel, Taïwan et Hong Kong ont chacun leurs formes de référence, qui diffèrent parfois d’un petit détail. Ces nuances, sensibles pour un typographe, ne gênent pas la lecture.
Les pièges de la conversion
Passer du simplifié au traditionnel n’est pas toujours mécanique. Quand plusieurs caractères traditionnels ont fusionné en un seul simplifié, un logiciel de conversion doit deviner lequel choisir, et il se trompe parfois. C’est ainsi que l’on voit, sur des objets décoratifs, des souhaits de prospérité écrits avec le caractère des cheveux.
Autre erreur fréquente : mélanger les deux formes dans une même inscription, un caractère traditionnel à côté d’un simplifié. Pour un lecteur chinois, c’est aussi étrange qu’un mot français écrit à moitié en caractères gothiques. Notre guide pour éviter les contresens détaille ces pièges.
Pourquoi nous écrivons en traditionnel
Nos œuvres suivent la graphie traditionnelle, pour trois raisons.
- C’est la forme de la calligraphie classique. Tous les grands modèles, de Wang Xizhi à Yan Zhenqing, sont antérieurs de plus d’un millénaire à la réforme. Le guide de la calligraphie chinoise raconte cette histoire.
- C’est la forme des textes anciens. Lao-tseu, Confucius et les poètes classiques ont été écrits, copiés et imprimés en caractères traditionnels.
- C’est la forme de Taïwan et de Hong Kong, où elle est l’écriture de tous les jours.
Pour que chacun s’y retrouve, chaque page de caractère, d’expression ou de citation indique la forme simplifiée quand elle diffère : 萬事如意 s’écrit 万事如意 en simplifié, comme le montre la page Que tout aille selon vos vœux. Le pinyin, lui, est le même pour les deux formes.
Faut-il s’inquiéter si vous offrez un tableau à une personne qui a appris le simplifié ? Non : un lecteur de Chine continentale reconnaît sans peine 福, 愛 ou 龍, qu’il voit sur les enseignes, dans les vœux du Nouvel An et dans toutes les calligraphies. Pour beaucoup, la forme traditionnelle a même quelque chose de soigné, presque cérémonieux, qui convient bien à une œuvre que l’on accroche.
Une précision, enfin, pour les curieux : si la graphie de nos caractères est traditionnelle, leur ordre des traits et leur nombre de traits suivent la norme de Chine continentale (sauf 夢 et 萬, tracés comme à Taïwan). À Taïwan, quelques comptes diffèrent, comme celui de la clé de l’herbe 艹 ; notre guide de l’ordre des traits explique ces deux usages, qui coexistent sans difficulté.
Pour aller plus loin
- Simplified Chinese characters (nouvel onglet), sur Wikipédia (en anglais).
- Traditional Chinese characters (nouvel onglet), sur Wikipédia (en anglais).
Questions fréquentes
Quelle est la différence entre chinois traditionnel et simplifié ?
C’est une différence d’écriture, pas de langue : les caractères simplifiés, issus de la réforme de 1956-1964 en Chine continentale, ont souvent moins de traits, mais le sens et la prononciation sont les mêmes.
Où utilise-t-on les caractères traditionnels ?
À Taïwan, à Hong Kong et à Macao, dans de nombreuses communautés chinoises de l’étranger, et dans la calligraphie.
Faut-il choisir le traditionnel ou le simplifié pour un tableau ?
Les deux sont corrects. Le traditionnel est celui de la calligraphie classique ; l’essentiel est de ne pas mélanger les deux formes dans une même inscription.
Comment écrit-on amour en chinois traditionnel et simplifié ?
愛 en traditionnel (13 traits), 爱 en simplifié (10 traits). Les deux se lisent ài.






