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Expressions · 6 œuvres

無為, le non-agir de Lao-tseu

無為, wú wéi, est un mot célèbre de la pensée chinoise, et souvent mal compris. Le « non-agir » de Lao-tseu n’est pas la paresse : c’est une manière d’agir sans forcer, en accord avec le cours des choses.

Le sens de 無為

Wú wéi : deux tons montants. Mot à mot « sans agir », l’expression désigne chez Lao-tseu une action qui ne contraint pas, qui ne s’impose pas, qui laisse les choses se faire selon leur nature. Le sage ne reste pas les bras croisés ; il évite l’effort inutile, l’intervention brouillonne, la volonté de tout maîtriser. Le contresens est fréquent en Occident, où l’on a parfois fait de Lao-tseu un apôtre de la passivité. Le texte dit autre chose : le non-agir produit des effets, et c’est une efficacité discrète, comparable à celle de l’eau qui creuse sans effort apparent. En chinois simplifié, on écrit 无为 : les deux caractères ont une forme abrégée (voir traditionnel ou simplifié).

Mot à mot

  • 無 wú (12 traits) : ne pas avoir, sans, absence. Le bas du caractère est fait de quatre points, la forme de la clé du feu 灬.
  • 為 wéi (12 traits) : faire, agir ; aussi « être, devenir ». Lu au quatrième ton, wèi, il signifie « pour, en faveur de » ; ici, c’est bien wéi, l’action.

Mot à mot : « absence d’agir ». Les traducteurs proposent « non-agir », « non-action », « agir sans agir ». Aucune version ne suffit seule, et c’est pourquoi l’expression chinoise est souvent laissée telle quelle.

Chez Lao-tseu

Le Tao-tö-king, attribué à Lao-tseu, revient sur 無為 à plusieurs reprises. Au chapitre 2, le sage s’en tient à la pratique du non-agir et enseigne sans paroles ; au chapitre 37, la Voie elle-même est dite ne jamais agir, et pourtant rien ne reste à faire ; au chapitre 48, celui qui pratique la Voie retranche chaque jour un peu plus, jusqu’à atteindre le non-agir. Le guide Lao-tseu et le Tao-tö-king présente le livre et ses notions principales.

La même idée inspire d’autres pages du rayon : 上善若水, l’eau qui profite à tout sans rien disputer, et 道法自然, la Voie qui suit ce qui est de soi-même. Le caractère de la Voie a sa propre page : 道, le Tao.

Le mot n’appartient d’ailleurs pas aux seuls taoïstes : les Entretiens de Confucius l’emploient à propos de l’empereur légendaire Shun, qui gouvernait sans agir, en se tenant simplement avec dignité à sa place de souverain.

Aujourd’hui

無為 se lit sur des rouleaux de méditation, dans des salles de thé, dans des salles d’arts martiaux. Il parle à ceux qui cherchent à travailler mieux plutôt que plus, à laisser mûrir plutôt qu’à forcer. Dans le travail, on le rapproche parfois de l’art de laisser une équipe s’organiser sans la surveiller sans cesse ; dans l’éducation, de la patience qui laisse un enfant trouver son chemin. Il voisine avec 放下, lâcher prise, son cousin bouddhique.

Styles et accrochage

  • Rouleau : 無 au-dessus de 為, en colonne sur un panneau de papier monté dans une soie unie. Deux caractères de même poids, douze traits chacun : la colonne est d’un bel équilibre.
  • Sceau : un grand cachet rouge, lu de droite à gauche, colonne par colonne. L’équilibre des deux caractères y donne un carré très stable.

Dans un bureau, 無為 rappelle qu’une décision prise au bon moment vaut mieux que dix efforts à contretemps. Dans un salon épuré, un grand rouleau sur toile tendue sur châssis tient le mur à lui seul.

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Questions fréquentes

無為 veut-il dire « ne rien faire » ?

Non. Chez Lao-tseu, c’est agir sans forcer, sans intervention inutile, en accord avec le cours des choses.

Où trouve-t-on 無為 dans le Tao-tö-king ?

Dans plusieurs chapitres, notamment les chapitres 2, 37 et 48.

Comment l’écrit-on en simplifié ?

无为, prononcé wú wéi.

Confucius parle-t-il aussi du non-agir ?

Oui, dans les Entretiens, à propos de l’empereur légendaire Shun qui gouvernait sans agir. Le mot y prend un sens moral : l’exemple du souverain suffit à mettre le monde en ordre.