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L'écriture chinoise · mis à jour le

Le sceau chinois : histoire, pierre, pâte vermillon et place sur une œuvre

Sur une calligraphie ou une peinture chinoise, le petit carré rouge attire l’œil avant même le texte. Le sceau est à la fois une signature, un ornement et parfois un vœu. Voici son histoire, la façon dont on le grave et dont on l’imprime, les deux manières de faire apparaître les caractères, et ce que dit le sceau 吉祥 posé sur nos œuvres.

En bref

  • Le sceau se dit 印章 yìnzhāng ; il sert depuis l’Antiquité à authentifier documents et œuvres.
  • On le grave le plus souvent dans une pierre tendre et on l’imprime avec une pâte vermillon à base de cinabre.
  • En 白文 báiwén, les caractères apparaissent en blanc sur fond rouge ; en 朱文 zhūwén, ils apparaissent en rouge.
  • Le sceau 吉祥 jíxiáng, « bon augure », de nos œuvres est un vœu, non une signature d’artiste.

Le sceau, une signature gravée

Le sceau chinois, 印章 yìnzhāng, est un petit bloc gravé, de pierre, de métal, de jade, de bois ou d’autres matières, dont la face porte des caractères en miroir. Pressé sur une pâte colorée puis sur le papier, il laisse une empreinte qui tient lieu de signature. Pendant des siècles, il a validé les actes officiels, les contrats et les lettres ; aujourd’hui encore, en Chine comme au Japon, des cachets officiels ou personnels valident de nombreux documents.

Dans le monde des arts, le sceau a pris une autre dimension. Sur une peinture ou une calligraphie, il dit qui a écrit, qui a possédé l’œuvre, parfois ce que l’artiste voulait souhaiter ; et sa tache rouge répond au noir de l’encre. La gravure des sceaux est devenue un art à part entière, que les Chinois appellent zhuànkè, « graver en écriture sigillaire ». En 2009, l’UNESCO l’a inscrite au patrimoine culturel immatériel de l’humanité, la même année que la calligraphie.

Une histoire très ancienne

De l’argile au papier

Les sceaux sont attestés au moins depuis la période des Royaumes combattants, avant l’unification de la Chine en 221 avant notre ère. À cette époque, on écrit sur des lamelles de bambou ou de bois liées entre elles. Pour fermer un envoi, on noue la liasse, on pose sur le nœud une boulette d’argile, et l’on y presse le sceau : personne ne peut ouvrir le document sans briser l’empreinte. Sous les Han, les fonctionnaires portent leur sceau de fonction à la ceinture, suspendu à un cordon.

Avec la diffusion du papier, l’argile cède la place à une pâte colorée, et l’empreinte rouge s’impose. Le sceau quitte peu à peu les seuls usages administratifs pour gagner les œuvres d’art.

Le sceau des lettrés

Dès les Tang, et plus encore sous les Song, les collectionneurs prennent l’habitude d’apposer leurs sceaux sur les peintures et les calligraphies qu’ils possèdent. À partir des Yuan, et surtout sous les Ming, les lettrés se mettent à graver eux-mêmes leurs sceaux dans des pierres assez tendres pour être taillées au couteau. La gravure devient un exercice de lettré, au même titre que la calligraphie, avec ses écoles et ses maîtres.

Certaines œuvres anciennes portent ainsi des dizaines d’empreintes, laissées par leurs propriétaires successifs au fil des siècles. L’empereur Qianlong, au XVIIIe siècle, est resté célèbre pour avoir apposé ses sceaux, souvent nombreux, sur les chefs-d’œuvre de sa collection.

La pierre et la pâte vermillon

La pierre

Les pierres à sceau les plus réputées viennent de Shoushan, dans la province du Fujian, et de Qingtian, dans celle du Zhejiang. Assez tendres pour être gravées à la main, elles offrent une grande variété de couleurs et de veines. Le sommet du sceau est souvent sculpté d’un petit animal, lion ou dragon, ou d’un motif, qui sert de prise et aide à tenir le sceau dans le bon sens.

Le graveur dessine d’abord les caractères à l’envers sur la face, puis les taille au couteau. Il emploie le plus souvent l’écriture sigillaire, 篆書 zhuànshū, la plus ancienne des écritures codifiées : ses traits d’épaisseur égale et ses formes inscrites dans un carré se prêtent parfaitement à la composition d’un cachet.

La pâte vermillon

On n’encre pas un sceau : on le presse dans une pâte, le yìnní, que l’on conserve dans une boîte, souvent en porcelaine. Sa couleur vient du cinabre, un minéral d’un rouge profond, broyé et lié d’huile et de fibres. Elle sèche lentement et garde son éclat pendant des siècles. Le rouge, en Chine, est la couleur de la joie et des bons vœux : le sceau en porte aussi le sens.

白文 et 朱文 : deux façons de faire apparaître les caractères

Il existe deux grandes manières de graver un sceau.

  • 白文 báiwén, « caractères blancs » : le graveur creuse les traits des caractères. À l’impression, le fond est rouge et les caractères apparaissent en blanc, en réserve.
  • 朱文 zhūwén, « caractères vermillon » : le graveur creuse le fond autour des traits, qui restent en relief. À l’impression, les caractères apparaissent en rouge, souvent dans un cadre rouge, sur le blanc du papier.

Les deux manières n’ont pas le même poids visuel. Le 白文 offre une large surface rouge, dense et franche, où les caractères se détachent comme des entailles de lumière. Le 朱文 est plus aérien : de fins traits rouges, un cadre, beaucoup de blanc. Il est fréquent qu’un artiste appose côte à côte deux sceaux, l’un en 白文 et l’autre en 朱文, pour que leurs masses se répondent sous sa signature.

Certains sceaux combinent les deux, un caractère en blanc et l’autre en rouge. Un sceau de quatre caractères se lit le plus souvent comme une page chinoise ancienne : en commençant par la colonne de droite, de haut en bas, puis la colonne de gauche.

Sceaux de nom et sceaux de vœu

Les sceaux d’un lettré se répartissent en deux grandes familles.

  • Les sceaux de nom portent le nom de famille et le prénom, le nom social, ou le nom que l’artiste donne à son atelier. Ils signent l’œuvre.
  • Les sceaux de loisir (xiánzhāng) portent une phrase : une devise, un vers, une maxime, un vœu. Un sceau 吉祥, « bon augure », ou 平安, « paix et sécurité », appartient à cette famille. Ils ne disent pas qui a écrit, mais dans quel esprit.

À cela s’ajoutent les sceaux de collection, apposés par ceux qui ont possédé l’œuvre ou l’ont examinée. Ils font partie de son histoire et aident les spécialistes à retracer son parcours.

Où se place le sceau sur une œuvre

L’emplacement n’est pas laissé au hasard.

  • Le sceau de nom se pose après la signature, sous la dernière colonne du texte, c’est-à-dire en bas à gauche dans une calligraphie verticale.
  • Un sceau de loisir s’appose souvent au début, en haut à droite, là où commence la lecture ; on l’appelle alors sceau de tête.
  • D’autres sceaux peuvent occuper un coin resté vide, pour équilibrer la composition.

On évite de poser un sceau sur les caractères eux-mêmes, et l’on veille à ne pas en mettre trop : la tache rouge doit répondre au texte, non le couvrir. Dans une peinture, le sceau participe à la composition au même titre qu’un rocher ou qu’une branche.

Le sceau 吉祥 de nos œuvres

Les caractères de notre style Encre portent un petit sceau rouge : 吉祥 jíxiáng, « bon augure ». C’est un sceau de vœu, et non une signature : il souhaite à l’œuvre, et à ceux qui la regardent, d’être de bon présage. La même expression existe aussi en grand dans notre catalogue : voir 吉祥, bon augure.

Le style Sceau fait d’un caractère ou d’une expression un grand cachet rouge, en 白文, caractères en réserve, ou en 朱文, caractères en rouge dans un cadre, et se lit de droite à gauche, colonne par colonne. Il convient particulièrement aux expressions de vœu : 福壽, bonheur et longévité, 平安, paix et sécurité, ou le caractère 福, le bonheur. Comme toutes nos œuvres, ce sont des dessins calculés par des programmes écrits pour l’atelier et imprimés à la demande : le grain irrégulier de l’empreinte est imité, aucun cachet n’est pressé.

Pour replacer le sceau dans l’ensemble de l’art du pinceau, lisez notre guide de la calligraphie chinoise.

Pour aller plus loin

Questions fréquentes

Comment s’appelle le sceau chinois ?

印章, yìnzhāng. On l’imprime avec une pâte vermillon à base de cinabre.

Quelle est la différence entre 白文 et 朱文 ?

En 白文 (báiwén), les traits sont creusés : les caractères apparaissent en blanc sur fond rouge. En 朱文 (zhūwén), ils sont en relief : les caractères apparaissent en rouge.

Où place-t-on le sceau sur une calligraphie ?

Le sceau de nom se pose après la signature, en bas de la dernière colonne ; un sceau de vœu peut ouvrir le texte en haut à droite.

Que signifie le sceau rouge sur vos œuvres ?

Il porte 吉祥 (jíxiáng), « bon augure » : c’est un vœu, non une signature d’artiste.

Dans quel sens se lit un sceau chinois ?

Le plus souvent de droite à gauche, colonne par colonne, et de haut en bas dans chaque colonne.

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